Le 15 octobre dernier, l’association Euro App Mobility (EAM) a organisé, en partenariat avec l’Agence Erasmus+ France / Education Formation, la conférence « Towards the European Apprenticeship Area ». Réunis au ministère de l’Economie et des Finances et originaires de 14 pays européens, les participants ont échangé autour de la mobilité des apprentis. Responsables politiques, représentants de centres de formation, employeurs, et bien sûr apprentis, ils étaient environ 550, venus confronter leurs vécus, partager leur enthousiasme et formuler des préconisations pour soutenir la mobilité longue des apprentis.
Placée sous le haut patronage du président de la République et organisée dans le cadre des Erasmus Days, la rencontre européenne Erasmus+ visait à dresser le bilan des actions menées par EAM en faveur de la mobilité longue des apprentis et, comme expliqué par son président, Jean Arthuis, ancien ministre et président honoraire du Cercle Erasmus+, à encourager « l’accélération du processus vers l’Espace européen de l’apprentissage ».

L’ensemble des intervenants de la conférence ont, tout au long de la journée, insisté sur l’utilité d’une expérience à l’international dans le parcours d’un apprenti, à l’instar de Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, qui a ouvert la conférence : « Il est important de construire, très jeune, ce sentiment d’appartenance à une communauté, et de voir comment le métier qu’on apprend se pratique dans d’autres pays […] Cela enrichit l’apprenti qui, quand il va revenir en France, ramènera un regard et des compétences nouvelles à son entreprise ».
Nelly Fesseau, directrice de l’Agence Erasmus+ France / Education Formation, a appuyé le fait que « la mobilité représente un tremplin réel pour l’insertion professionnelle », et précisé que l’« on constate une différence d’environ 500 euros bruts mensuels sur un premier salaire pour une personne ayant bénéficié d’une mobilité par rapport à une autre qui n’en a pas bénéficié ».
85 % des Français et 87 % des entreprises françaises jugent pertinent qu’un apprenti se forme en partie à l’étranger, selon une enquête sur l’apprentissage et la mobilité des apprentis réalisée par l’Institut IPSOS, en octobre 2026, auprès de 1 000 personnes et de 300 entreprises. 68 % des entreprises interrogées le font déjà ou seraient prêtes à le faire, a annoncé Paola Bolognini, déléguée générale d’EAM, lors de sa présentation de l’enquête. 75 % des entreprises jugent cependant le départ difficilement compatible avec leur fonctionnement et identifient trois pistes pour lever les freins « elles aimeraient une compensation financière, un accompagnement de la part des centres de formation et la possibilité de choisir la période de mobilité » a détaillé Paola Bolognini.
Le ministre du Travail et des Solidarités a plaidé pour une égalité d’accès à la mobilité internationale entre les étudiants et les apprentis : « Pour moi, l’enseignement supérieur n’a pas le monopole de la découverte européenne. Il faut que l’apprentissage trouve sa voie et qu’Erasmus consacre une partie de son action à l’apprentissage européen pour donner aux apprentis les mêmes possibilités d’ouverture ». Une aspiration soutenue par le député Sylvain Maillard pour qui « la mobilité des apprentis n’est pas un luxe, mais une question d’égalité et d’efficacité ».

Le président du Cercle Erasmus+, Clément Beaune, également haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, a rappelé l’objectif de l’Union européenne (UE) d’atteindre 12 % d’apprentis en mobilité à l’horizon 2030. Son président honoraire, Jean Arthuis, a quant à lui abordé la question de la réciprocité, regrettant que le nombre d’apprentis européens accueillis en France soit inférieur au nombre d’apprentis envoyés en Europe au départ de la France. Il a ainsi promu le dispositif « Choose France Apprenticeship » destiné à équilibrer les chiffres et à faciliter l’accueil des apprentis européens par les entreprises françaises.

Si le programme Erasmus+ est ouvert aux apprentis depuis 1995, de nombreux freins persistaient, notamment pour les mobilités d’une durée de plus de deux semaines. C’est pourquoi, des lois ont été adoptées, comme celle pour « la liberté de choisir son avenir professionnel ». Promulguée en 2018, elle a rendu obligatoire la présence d’un référent mobilité dans les centres de formations des apprentis (CFA). Depuis décembre 2023, une nouvelle loi – « pour un Erasmus de l’apprentissage » – vise à ce qu’aucun jeune ne renonce à une expérience à l’étranger pour des raisons administratives ou financières.
Mario Nava, directeur général pour l’Emploi, les Affaires sociales et l’Inclusion à la Commission européenne, a annoncé une nouvelle initiative européenne qui devrait favoriser la mobilité des apprentis. Intitulée « Skills Portability Initiative » et publiée le 15 septembre dernier, elle vise à simplifier la compréhension et la reconnaissance des compétences et qualifications professionnelles d’un pays de l’UE à un autre. L’idée est de « s’assurer que les compétences circulent en Europe ».
Depuis 2022, Euro App Mobility mène, avec le soutien de France 2030, l’expérimentation MONA, qui implique 57 centres de formations des apprentis (CFA) volontaires. Grâce notamment à la formation de 83 référents mobilités dans les CFA ou à la publication d’une quarantaine d’outils et de guides pratiques mis gratuitement à la disposition des CFA, MONA a favorisé l’envoi en mobilité de près de 20 000 apprentis et l’accueil en France de plus de 600 apprentis européens.
Cette journée d’échanges a également offert l’opportunité d’écouter des retours du terrain, notamment ceux d’apprenants de la formation professionnelle. Matthieu, boulanger-pâtissier, était présent. Parti à Amsterdam durant sa formation au CMA Formation de la Roche-sur-Yon, il a confié : « C’était la meilleure expérience de ma vie depuis que j’ai commencé la boulangerie-pâtisserie ».

La veille, des apprentis venus d’horizons différents s’étaient réunis pour apporter leur contribution aux réflexions. Ils ont identifié quatre points de vigilance. D’abord, les difficultés liées au transport et au logement pour lesquelles ils souhaitent une augmentation de la bourse Erasmus+. Ensuite, il y a la question des compétences qui nécessiterait, selon eux, une meilleure identification des acquisitions visées, en amont du départ et en concertation avec le CFA et leurs entreprises (française et européenne). Vient ensuite le frein de la langue et des différences culturelles qu’ils aspirent à lever grâce à un appui sur place renforcé ou encore à plus d’informations et de retours d’expérience sur leur destination. Enfin, pour faire de l’expérience de mobilité une véritable opportunité de développement professionnel, il est pour eux nécessaire de veiller à une bonne adéquation entre le lieu d’accueil et la formation suivie.
Lancé par Euro App Mobility dans le cadre d’une convention avec la Fondation Michelin, le fonds LIISA s’inscrit dans la continuité de l’expérimentation MONA. Il proposera des bourses aux apprentis de niveaux 3, 4 et 5 de la région Auvergne-Rhône-Alpes et des CFA partenaires. « L’objectif est de lever les freins à la mobilité des personnes dont les restes à charge ne sont pas compatibles avec leur niveau de ressources », explique Forrest Patterson, délégué général de la Fondation Michelin. Les bourses, sous conditions de ressources, s’adresseront aux apprentis partant deux mois ou plus dans un pays européen.
Généralement convaincues de la plus-value d’une mobilité internationale pour leurs apprentis, les entreprises ont néanmoins besoin d’accompagnement. « J’ai compris qu’en laissant partir mon apprenti en mobilité, je ne le perdais pas pour deux mois, mais je l’avais gagné pour les deux prochaines années », témoigne ainsi Andrea Renoir, directrice de « Jules et John », une boulangerie restaurant, localisée en Vendée. « Ce qu’il a vécu en deux mois, il lui aurait fallu un an pour l’acquérir en restant en France. A son retour, le lien avec l’équipe était encore plus fort. Et il a pu parler de notre entreprise au sein de son CFA, ce qui nous a permis de recruter d’autres personnes ».
Pour réussir à persuader les employeurs qui seraient encore réticents, Euro App Mobility a créé, en 2024, un Club des employeurs, avec le soutien de plusieurs organisations patronales. Des rencontres régionales sont régulièrement organisées et, le 14 octobre dernier, un Club européen des employeurs a été lancé. Un pas supplémentaire vers un espace européen de l’apprentissage.
La nouvelle priorité affichée est le changement d’échelle et la volonté de permettre à toujours plus d’apprentis de partir en mobilité à l’international. Dans cette optique, les participants de la conférence ont adopté une déclaration commune intitulée « Vers l’espace européen de l’apprentissage ». Ce texte formule sept vœux : « professionnaliser et accompagner les personnels chargés de la mobilité des apprentis ; renforcer la coopération entre tous les acteurs, par-delà les frontières, et interconnecter les écosystèmes ; déployer les Clubs des employeurs dans les pays et territoires européens ; évaluer et prendre en compte les acquis de la mobilité lors de la délivrance des certifications et diplômes ; faire converger les cadres nationaux pour faciliter les mobilités sortantes et entrantes ; doter suffisamment l’enveloppe Erasmus+ dédiée à l’enseignement et à la formation professionnels ; reconnaître la mobilité internationale des apprentis dans la future stratégie européenne de la formation professionnelle. »

En clôture à la conférence, Nelly Fesseau n’a pas manqué de rappeler l’importance de la mobilité chez les apprentis : « elle permet aux jeunes et aux moins jeunes d’acquérir des compétences, de gagner en autonomie, de confronter leurs savoirs. […] L’Union européenne, ce n’est pas qu’un marché, ce n’est pas qu’une union économique, ce n’est pas qu’une union politique. C’est aussi des parcours de vie et donner la chance à chacune et à chacun d’entre nous de pouvoir vivre un moment avec d’autres Européens ». La question financière s’étant inscrite en filigrane tout au long de la journée, la directrice de l’Agence Erasmus+ France / Education Formation a appelé à une augmentation du budget Erasmus+ pour la programmation 2028-2034, avant de conclure : « Investir dans Erasmus+, c’est investir dans les personnes ».
Un vœu partagé par Jacqueline Pacaud, cheffe du secteur Erasmus+ à la direction générale de l’Education, de la Jeunesse, du Sport et de la Culture au sein de la Commission européenne. Lors d’une table ronde, elle a émis le souhait qu’une partie des crédits Erasmus+ 2028-2034 soit spécifiquement fléchée pour les apprenants de la formation professionnelle. En rassemblant et en mobilisant les nombreux soutiens en Europe à la mobilité des apprentis, la conférence « Towards the European Apprenticeship Area » a initié une dynamique inédite à l’échelle européenne. Le point de départ d’un processus plébiscité avec enthousiasme par Jean Arthuis : « L’heure est venue de donner corps à l’Espace européen de l’apprentissage ».
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