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Témoignage

« Dès que nous avons découvert que la ville avait la possibilité d’avoir une accréditation Erasmus+, nous avons sauté sur cette occasion »

La ville de Caen figure parmi les communes de France à être accréditées Erasmus+. Depuis plusieurs années, en partenariat avec les écoles de la commune, elle organise des séjours en Allemagne, Danemark, Estonie, Lettonie et Lituanie pour des élèves de CM1 et CM2. Une initiative qui bénéficie principalement aux enfants de quartiers prioritaires, mais aussi aux professionnels de la petite enfance. Amandine Goguillon, première maire adjointe à la Ville de Caen, et Cécile Cottenceau, maire adjointe, expliquent les atouts de ce projet.

Présentez-nous les difficultés auxquelles la Ville de Caen était confrontée en matière d’éducation. En quoi le programme Erasmus+ pouvait-il contribuer à la politique d’éducation prioritaire ?

A.G. : Sur la ville de Caen, nous avons des quartiers prioritaires, concernés par la politique de la ville, dont les enfants manquent d’ouverture sur le monde – par exemple parce qu’ils n’ont pas la chance de pouvoir partir en voyage, ni même en vacances – ou bien d’opportunités d’autonomie en partant sans leurs parents dans un environnement encadré. Le programme Erasmus+ représente un levier pertinent pour répondre à ces particularités-là.

C.C. : Dès que nous avons découvert que la ville avait la possibilité d’avoir une accréditation Erasmus+, nous avons sauté sur cette occasion pour initier de nombreux projets. Notre accréditation est gérée de manière transversale : elle implique à la fois les relations internationales et la direction de l’éducation. Concernant la recherche de partenaires, nous nous sommes appuyés sur notre label « Caen Nordic », qui vise à faciliter les échanges avec les pays nordiques et baltes et que nous avons développé avec l’aide des ambassades. Nous nous sommes aussi tournés vers Würzburg, l’une de nos villes jumelles située en Allemagne. 

La Ville de Caen a obtenu une accréditation Erasmus+ en 2021. Quels sont les publics ciblés et les objectifs visés par les projets de mobilité organisés depuis ?

A.G. : Nous avons travaillé en lien avec l’inspection académique et avons principalement ciblé les classes de CM1 et CM2 des écoles situées en quartiers prioritaires, mais aussi des écoles qui avaient une dynamique internationale ou un partenariat de longue date avec notre ville jumelle. L’autre public ciblé était les professionnels de la direction « petite enfance » du centre communal d’action sociale (CCAS). Là encore, nous nous sommes appuyés sur des partenariats existants : nous avons un lien historique avec des crèches suédoises qui, après la Seconde Guerre Mondiale, nous ont envoyé du matériel de puériculture.

C.C. : Le volet petite enfance est arrivé en cours de projet. Il s’agit d’une demande qui émanait du personnel et à laquelle nous avons pu répondre favorablement grâce à l’accréditation. La flexibilité qu’elle offre est une piste très intéressante. Au total, près de 400 élèves sont déjà partis !

« Dès que nous avons découvert que la ville avait la possibilité d’avoir une accréditation Erasmus+, nous avons sauté sur cette occasion »

Comment les parents d’élèves ont-ils réagi lorsqu’ils ont appris que leurs enfants âgés de 7 à 10 ans partaient en Erasmus+ ? Quels accompagnements ont été mis en place pour les rassurer ?

A.G. : Les équipes éducatives de chaque école participant au projet Erasmus+ se sont mobilisées pour organiser des réunions d’information, avec des intervenants extérieurs qui présentaient le pays d’accueil. Les structures jeunesses des quartiers ont également contribué à l’accompagnement administratif des familles. C’était important de préparer les parents et les enfants pour réduire leur appréhension et faire en sorte que les choses se passent sereinement. En outre, certaines écoles ont organisé en amont des séjours plus courts, au sein de notre région, pour préparer les enfants et leurs parents à la séparation.

C.C. : Beaucoup d’intervenants se sont effectivement mobilisés, comme les représentants des ambassades. Par exemple, les enfants ne connaissaient pas l’Estonie, ni même certains parents. Les représentants de l’ambassade estonienne ont donc organisé des soirées animées pour faire découvrir leur pays. Par ailleurs, les visites préparatoires permises par Erasmus+ sont fondamentales. Elles permettent de préparer concrètement le voyage – voir où les enfants vont être logés, ce qu’ils vont manger, les types d’activités qu’ils vont réaliser, etc. – et de rassurer les familles.

Quels impacts avez-vous observés sur les résultats scolaires des élèves participants, ainsi que sur le climat scolaire dans les écoles concernées ?

A.G. : Durant les séjours, les élèves prennent confiance en eux et échangent en langue étrangère avec leurs partenaires, et ce, même avec un niveau linguistique débutant. Ils réussissent aussi à mobiliser les connaissances acquises en classe dans un autre contexte, à l’étranger. Et puis, l’expérience renforce un sentiment collectif et la coopération se renforce entre les élèves de la classe. Les équipes éducatives font bien sûr remonter un gain d’autonomie chez les enfants, qui se répercute sur les tâches quotidiennes en classe. Enfin, cette expérience améliore leur capacité d’adaptation à de nouveaux environnements.

Les enseignants, mais aussi les personnels, tels que les administratifs ou les animateurs du périscolaire, ont aussi bénéficié de mobilités, soit pour encadrer les groupes d’élèves lors des séjours, soit pour suivre une formation dans un organisme européen. Quels bénéfices avez-vous notés pour les équipes ?

C.C. : Les pratiques pédagogiques découvertes dans les pays du nord de l’Europe sont très innovantes, notamment dans le secteur de la petite enfance. Là-bas, l’autonomie des enfants est stimulée, ce qui peut manquer dans notre système scolaire. Nous avons nous-même assisté à l’assemblée du matin dans une école danoise. Elle était gérée par deux enfants : c’est aux qui faisaient chanter les autres et initiaient les activités physiques. Les enfants sont responsabilisés de manière systématique.

AG : Les enseignants profitent de la mobilité pour échanger des méthodes professionnelles avec les équipes éducatives, et ensuite, reprennent certaines pratiques pour essayer de les transposer sur les organisations dans les écoles. Les équipes petite enfance aussi : des liens et des collaborations se sont développés entre les établissements partenaires, avec des échanges humains qui perdurent.

« Dès que nous avons découvert que la ville avait la possibilité d’avoir une accréditation Erasmus+, nous avons sauté sur cette occasion »

Les personnels de la petite enfance du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) sont également partis en mobilité Erasmus+. Quelles activités ont-ils réalisées lors de leur séjour et quelles étaient les attentes ?

AG : Ils ontété accompagnés par deux professionnels des « Kindergarten » (jardins d’enfants) au Danemark. Ils ont pu visiter différentes structures durant la semaine, avec des temps d’observation, d’échanges et de questionnements. Les professionnels avaient beaucoup préparé ce départ, au moyen de questionnaires.

Diriez-vous que les subventions Erasmus+ ont permis de soutenir les ambitions de la Ville de Caen en matière de politique d’inclusion ?

C.C. : C’est une opportunité formidable, c’est sûr. Le soutien financier nous a donné l’opportunité de faire ce que nous avions envie de faire au niveau de l’inclusion.

A.G. : Le dispositif a permis de financer ces voyages, avec la ville de Caen, sans coût pour les familles.

Quels conseils donneriez-vous à un élu, d’une grande ou d’une petite commune, qui hésite à se lancer dans l’aventure Erasmus+ ?

C.C. : Je l’encourage ! Je suis assez sollicitée pour parler de notre expérience, et ce que je réponds, c’est qu’il faut se lancer, c’est une opportunité en or. S’il y a bien un programme européen qui fonctionne, c’est Erasmus+. Il ouvre de nombreuses opportunités et tout le monde en profite, même les professionnels restés à Caen, grâce à des ateliers de transmission. La barrière de la langue peut parfois freiner la volonté de partir, mais une fois que les enfants et les personnels sont rassurés, il n’y a plus de frein !

A.G. : Je conseillerais aussi de toujours travailler en coopération et en co-construction avec les écoles et les services de l’Education nationale, pour que tout fonctionne et qu’on aille dans le même sens.

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