Étudiante à l’École Européenne d’Ingénieur en Génie des Matériaux, Lou Classe effectue un stage long à Cologne, sur l’un des sites de l’Agence spatiale européenne. Dans un environnement d’innovation foisonnant et multiculturel, elle travaille sur un projet de recherche autour de matériaux contribuant, à terme, à envisager la vie sur la lune.
Faire partie des étudiants sélectionnés pour réaliser un stage Erasmus+ au Centre européen des astronautes (European Astronaut Center – EAC), à Cologne, en Allemagne. C’était déjà l’objectif de Lou, en 2021, alors qu’elle candidatait sur ParcourSup pour intégrer l’EEIGM (École Européenne d’Ingénieur en Génie des Matériaux), à Nancy.
Cinq ans plus tard, l’objectif est atteint. À l’issue d’un processus de candidature exigeant, reposant à la fois sur l’excellence académique et l’engagement associatif au sein de l’école, la jeune femme de 23 ans, originaire du Val-de-Marne, a rejoint pour treize mois cet environnement exceptionnel, qui dépend de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Et où il lui arrive de croiser, à la cantine ou ailleurs, Sophie Adenot ou Thomas Pesquet !
Sous la tutelle d’un responsable irlandais aux expertises multiples, Lou, qui a toujours eu une appétence pour le spatial malgré des résultats corrects en maths mais très bons en physique-chimie, travaille au « Spaceship » et y côtoie des collègues de toutes les nationalités et spécialités. Dans cette ambiance internationale, où cohabitent quantité d’ingénieurs (système, robotique, électronique, etc.), mais aussi des médecins ou des experts du sport, les idées fusent et enrichissent en permanence les projets.
Dans son quotidien de stagiaire, la jeune ingénieure en génie des matériaux se consacre en particulier à un gros projet visant à extraire de l’oxygène et des métaux du régolithe (première couche du sol lunaire, présente en abondance sous forme de poussière), grâce à la pyrolyse solaire. Le procédé de recherche nécessite notamment de recréer sur terre le vide spatial, « en toute humilité et sans l’atteindre tout à fait pour l’instant », précise-t-elle. Une entreprise complexe et passionnante qui lui permet, avec une grande liberté, d’apporter sa contribution à un dessein de long terme de l’ESA : l’installation de bases lunaires permanentes.

Comme pour ses trois camarades de promo – « tous des garçons » indique-t-elle avec une pointe de fierté – retenus pour ce stage prestigieux, la routine est chose rare au Centre des astronautes. Lou peut commencer la journée par changer un composant optique de son simulateur de soleil, puis réparer un câble électronique qui ne fonctionne plus, avant de se lancer dans une série d’analyses de la microstructure des matériaux.
Lou intervient aussi en soutien sur le projet « Combinaison ». Dans le cadre du Luna Analog Facility, où sont recréées les conditions lunaires pour permettre aux astronautes de s’entraîner, elle a été amenée à habiller les astronautes, mais aussi à contribuer aux tests et aménagements réalisés pour optimiser la combinaison, d’un poids de plus de 35 kilos, malgré tout « très chouette » à porter.
Pétillante et déterminée, celle qui n’avait réalisé jusqu’ici que des jobs alimentaires et un stage ouvrier, sans lien avec l’aérospatial ni même l’industrie, s’enthousiasme de l’opportunité exceptionnelle offerte par cette mobilité Erasmus+. Sur le plan technique, elle acquiert de nouvelles compétences en s’exerçant davantage au codage, à l’électronique, à la chimie ou encore à l’optique. « J’ai pu étendre mon spectre de connaissances en tant qu’ingénieure et effectuer tellement d’expériences variées ! » se réjouit-elle.
Elle a également gagné en responsabilité individuelle et en confiance dans ses capacités, par exemple lorsqu’elle a proposé des achats pour améliorer son système de pyrolyse solaire. Lou a démarché des entreprises pour s’équiper d’un pyranomètre (mesurant le flux solaire) ou encore un capteur à oxygène. Pour cela, elle a dû solliciter des devis, choisir le plus optimal en termes de rapport coût/efficacité et présenter les résultats.
La jeune femme est désormais capable de donner son opinion sur des sujets pointus dans un anglais très technique. Les projets de groupe avec des cultures différentes sont aussi sources d’enrichissement. « Les Allemands ont une manière de parler assez directe. C’est un peu déstabilisant au début, mais je trouve finalement cela plus pratique », reconnaît-elle.
Cerise sur le gâteau, Lou présentera prochainement son projet de pyrolyse solaire à la Space Ressources Week 2026, au Luxembourg, plus grande conférence mondiale sur l’exploration des ressources dans l’espace.
« Notre projet consiste notamment à exploiter une énergie renouvelable, celle du soleil, et à utiliser le moins de ressources possibles provenant de la Terre. Ce n’est pas juste intéressant pour la lune, cela peut aussi engendrer des technologies utiles sur Terre », estime Lou.
À l’issue de cette expérience très formatrice, la jeune femme envisage de poursuivre sa formation par une thèse et d’exercer dans un environnement international. Avec une préférence, évidemment, pour le domaine spatial.
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