Organisée exceptionnellement en distanciel en raison des fortes chaleurs, l’édition 2026 des journées Erasmus+ de l’enseignement supérieur (JEES) a rassemblé 300 professionnels de l’enseignement supérieur. L’occasion, selon les mots de Nelly Fesseau, directrice de l’Agence Erasmus+ France / Éducation Formation, de « porter un regard prospectif sur les évolutions d’Erasmus+ et d’en mesurer les implications potentielles dans les stratégies européennes et internationales des établissements ».
La tenue des JEES est intervenue à un « moment charnière », a souligné Nelly Fesseau. Le 16 juillet 2025, la Commission européenne a adopté une proposition de règlement établissant le futur programme Erasmus+ pour la période 2028-2034. Ce texte législatif dessine les contours d’un Erasmus+ renforcé, appelé à constituer « l’épine dorsale » de l’Union des compétences — stratégie européenne visant à répondre aux pénuries de compétences en Europe. Il fait encore l’objet de négociations entre les institutions européennes, et son contenu définitif, qui dépendra des arbitrages politiques des prochains mois, entrera en vigueur en janvier 2028.
En ouverture de l’évènement, Jean-Marc Huart, recteur de la région académique Nouvelle-Aquitaine, a souligné qu’« Erasmus+ est plus qu’un programme de mobilité. Il constitue un véritable levier de transformation des établissements d’enseignement supérieur, de leurs pratiques et, plus largement, des systèmes de formation ». Alors que la programmation 2021-2027 touche à sa fin, il a insisté sur la nécessité de « réfléchir collectivement aux moyens de renforcer encore l’impact de son action ». Pour Jessica Fouilloux-Thomasset, vice-présidente en charge de l’international à l’Université de Bordeaux, « la dimension européenne est désormais indissociable de la stratégie de développement des universités ». Dans un contexte international marqué par de profondes mutations et une concurrence accrue entre les grands espaces de formation et de recherche, elle a estimé que « les coopérations européennes constituent un facteur de résilience, mais aussi un levier pour porter des valeurs communes, favoriser la circulation des connaissances et construire des partenariats durables ».
« Lorsqu’une université réfléchit sérieusement à son avenir, elle raisonne à l’échelle européenne. Nos établissements sont déjà engagés dans des transformations qu’Erasmus+ 2028-2034 entend accompagner », a confirmé Emmanuel Roux, recteur délégué à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation à la région académique Nouvelle-Aquitaine. Cette dynamique est illustrée par l’expérimentation en Nouvelle-Aquitaine des COMP (contrats d’objectifs, de moyens et de performance). Nouveau modèle d’allocation des moyens des universités, les COMP visent à mieux articuler ambition stratégique et accompagnement différencié des territoires. « Alors qu’aucune consigne n’a été donnée aux établissements pour constituer le cahier des charges de leur COMP, l’Europe y apparaît partout : alliances universitaires, mobilité des chercheurs, Horizon Europe, co-diplômes, etc. », a-t-il détaillé.
La proposition de règlement présentée par la Commission européenne propose une révision de l’architecture du programme actuel fondée sur trois actions clés et organise le futur programme autour de deux grands piliers :
Par ailleurs, dans la continuité des priorités actuelles, la proposition met en avant plusieurs objectifs généraux pour Erasmus+ 2028-2034 :
À la suite de cette séquence introductive, une première table ronde a été dédiée aux enjeux et stratégies prioritaires de l’Union européenne dans la perspective du futur programme Erasmus+ 2028-2034. « Dans un contexte de profondes mutations économiques, technologiques, sociales et géopolitiques, les enjeux de compétences, de formation et d’insertion professionnelle s’imposent de plus en plus pour garantir l’égalité des chances, la cohésion sociale en Europe, mais aussi et surtout sa souveraineté. Dans ce paysage en mouvement, Erasmus+ est appelé à occuper une place de premier plan », a déclaré Nelly Fesseau.
Manuel Bouard, adjoint pour l’enseignement supérieur au chef de la délégation aux affaires européennes et internationales (DAEI) du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, a souligné l’alignement des priorités françaises en matière d’enseignement supérieur avec celles de l’Union des compétences. Il a notamment insisté sur l’attention portée par le ministère à l’orientation des étudiants — et en particulier des étudiantes — vers les filières STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). « La problématique française du manque de compétences et d’attractivité de ces filières se retrouve également à l’échelle européenne. Il est donc nécessaire de travailler avec la Commission pour y apporter une réponse commune, laquelle passera notamment par Erasmus+ », a-t-il indiqué. Dans cette perspective, la France soutient le développement de bourses STEM, financées par le programme.
Par ailleurs, elle appelle à renforcer le rôle des alliances d’universités européennes comme piliers de l’espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche, et défend une simplification des procédures administratives, une évolution des cadres juridiques et une meilleure articulation des financements européens. Manuel Tunon de Lara, président honoraire de l’Université de Bordeaux et membre du bureau de l’European University Association (EUA), qui fédère plus de 900 universités dans 48 pays, a élargi la perspective. « L’EUA plaide pour une plus grande ouverture internationale des programmes européens vers les pays tiers. Dans un contexte mondial structuré par de grands blocs, l’enjeu est de renforcer à la fois la souveraineté européenne et son influence globale. Dans ce cadre, les alliances d’universités européennes s’imposent de plus en plus comme une illustration de la capacité des établissements à construire entre eux des réseaux stratégiques », a-t-il déclaré.
Le label « diplôme européen conjoint » s’inscrit dans le prolongement du discours de la Sorbonne prononcé, en 2017, par le président de la République Emmanuel Macron, qui proposait la création d’un diplôme européen visant à valoriser les parcours intégrés des universités européennes. L’idée a été reprise au niveau du Conseil de l’Union européenne dans une recommandation et une résolution adoptées en 2025, sous la forme d’un label ouvert à l’ensemble des diplômes conjoints délivrés par des établissements d’enseignement supérieur, sous réserve du respect d’un ensemble de critères.
Les États membres du Conseil se sont accordés sur un déploiement progressif du label entre 2026 et 2028. Un guide opérationnel a par ailleurs été publié, en juin 2026, par la Commission européenne.
Une seconde table ronde a porté sur la dimension internationale du programme. Claire Herrmann, policy officer au sein de l’unité dédiée à la coopération internationale de la direction générale de l’éducation, de la jeunesse, du sport et de la culture (DG EAC) à la Commission européenne, a esquissé les principales évolutions envisagées pour la programmation 2028-2034, tout en rappelant que ces orientations sont encore en cours d’arbitrage. « Les grandes priorités géographiques de l’Union européenne devraient de plus en plus structurer l’action internationale d’Erasmus+, selon une logique de cercles concentriques et avec des offres différenciées selon les régions. La priorité sera accordée aux pays candidats à l’élargissement, avec l’objectif de soutenir la modernisation des systèmes d’enseignement supérieur et leur convergence progressive avec les standards, politiques et valeurs européennes. » Suivraient les pays du voisinage oriental et du sud de la Méditerranée (Pacte pour la Méditerranée), puis le reste du monde dans le cadre de la stratégie Global Gateway.
Audrène Eloit, directrice du bureau des partenariats académiques et scientifiques pour l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Océanie au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a valorisé les fortes convergences entre les orientations envisagées pour la dimension internationale d’Erasmus+ et les priorités françaises en matière de coopération éducative, « tant en termes de priorités géographiques que de thématiques, d’objectifs et de valeurs ». Elle a rappelé que la coopération scientifique et universitaire constitue un pilier central de la politique étrangère française, « comme le souligne la Stratégie ministérielle de diplomatie scientifique publiée en 2025, qui met notamment en avant le rôle de cette coopération comme levier de renforcement de l’autonomie stratégique européenne ». Dans ce cadre, elle a indiqué qu’Erasmus+ représente « un instrument majeur ».
Les évolutions de la charte Erasmus+ pour l’enseignement supérieur (ECHE) ont été présentées par Fanny Lacroix-Desmazes, policy officer au sein de l’unité Enseignement supérieur de la DG EAC. Elle a annoncé que les démarches de réaccréditation démarreront en 2027, avec une date butoir pour le dépôt des candidatures en septembre. « Pour la programmation 2028-2034, il a été décidé que l’octroi des accréditations Erasmus+, individuelles comme en consortium, serait entièrement décentralisé et géré par les agences nationales, et non plus par l’agence exécutive EACEA. », a-t-elle expliqué.
Différents ateliers ont été organisés, dont un sur la participation citoyenne et les valeurs de l’UE, au cours duquel les participants ont pu découvrir de bonnes pratiques comme un voyage virtuel du Parlement européen, une balade européenne contée, l’initiative Europathon, ou encore la visite de la Maison Jean Monnet. L’atelier sur les projets de coopération Erasmus+ porteurs de qualité et de valeur ajoutée européenne a mis en lumière HERawS, un projet piloté par Mines Nancy sur la gestion durable des métaux critiques. L’atelier sur le Supplément au diplôme Europass a valorisé les bonnes pratiques de l’école vétérinaire ONIRIS, qui délivre le document depuis 2006 : automatisation du remplissage du document grâce à la création de bases de données décrivant les diplômes délivrés et les activités suivies par les étudiants ; accompagnement des étudiants à la bonne compréhension du document et à son utilité pour leurs démarches futures de recherche d’emploi.
> Lire le témoignage de l’Université Paris 8 et du Lycée Condorcet, intervenants aux ateliers
Malgré leur format inédit, les JEES 2026 ont réussi leur objectif : permettre à chacun de s’informer et de se projeter dans l’avenir, tout en rappelant, au fil des interventions et des témoignages, qu’Erasmus+ reste avant tout une aventure humaine dans laquelle les acteurs de l’enseignement supérieur sont fortement engagés.