Comment rendre l’expérience Erasmus+ accessible aux étudiants les plus éloignés de la mobilité ? Comment consommer efficacement les subventions et assurer une mise en œuvre des projets de qualité ? L’inclusion et la gestion financière des subventions sont des enjeux forts pour les établissements d’enseignement supérieur titulaires d’une charte ECHE. Filomena Fazio, responsable du pôle mobilités européennes et internationales à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, et Philippe Pérez, directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques du Lycée Condorcet à Bordeaux, exposent les bonnes pratiques mises en place dans leurs établissements.
F.F. : De manière générale, les questions d’inclusion sont inscrites dans l’ADN de notre université. Créée après mai 1968, elle est l’héritière du centre universitaire expérimental de Vincennes, qui avait pour ambition d’être un foyer d’innovations et de démocratiser l’enseignement supérieur. Il était possible par exemple d’y suivre des cours même sans le bac. Les questions d’inclusion, de diversité et de lutte contre les discriminations imprègnent donc nos missions et valeurs, dans une approche transdisciplinaire. Par ailleurs, notre ancrage en Seine-Saint-Denis, un département marqué par les inégalités qui connaît des mutations rapides, nous incite également à travailler sur l’inclusion et à créer des opportunités de mobilité pour les jeunes les moins favorisés.
F.F. : Durant l’année universitaire 2025/2026, 46 des 199 mobilités organisées concernaient des étudiants avec moins d’opportunités. Ces étudiants étaient originaires de quartiers prioritaires de la politique de la ville, bénéficiaires de bourses de niveau 6 ou 7, en situation de handicap ou issus de zones de revitalisation rurale.
L’ouverture à l’international représente un enjeu clef pour notre université : nous avons réalisé un énorme travail de digitalisation pour aider les étudiants dans leurs démarches, et nous avons restructuré notre pôle « mobilités ». Les liens avec les différents départements ont également été renforcés, notamment grâce à la désignation d’enseignants-référents mobilités et à l’animation de réunions d’informations au sein de chacun d’eux. Nous organisons aussi des évènements pour faire connaître les possibilités, comme les Erasmus Days ou le Village de la mobilité. Tous ces dispositifs nous permettent de communiquer sur les critères d’inclusion et les compléments financiers d’aide à la mobilité.
Par ailleurs, nous travaillons beaucoup à développer les formats hybrides, qui favorisent l’accès aux mobilités. Une fois par mois, nous organisons un café « coopération » à destination des enseignants-chercheurs pour leur faire connaître l’action Erasmus+ « programme intensif hybride » et ERUA, notre université européenne.

F.F. : Nos bureaux leur sont ouverts, avec un effectif augmenté : neuf personnes sont dédiées aux mobilités. Nous travaillons en lien avec la cellule handicap, pour les étudiants concernés, en essayant de mettre en place des réflexions communes et une prise en compte des handicaps invisibles. Des réunions de préparation aux mobilités sont proposées et les enseignants restent également des soutiens pour les étudiants. Par ailleurs, depuis deux ans, nous avons obtenu la prise en charge des frais des tests de langues obligatoires et des frais de visas pour tous les étudiants.
F.F. : Nous savons que les jeunes sont souvent encouragés par leurs pairs. C’est pourquoi, à l’avenir, nous aimerions davantage impliquer les étudiants déjà partis dans nos actions de communication : favoriser la mise en relation en organisant des évènements, diffuser des témoignages à travers un site web ou des expositions.
Nous avons également pour objectif de développer la mobilité des personnels administratifs et y travaillons avec la direction générale des services. Il est important que chaque personnel prenne conscience que l’ouverture à l’internationale ne concerne pas seulement les enseignants-chercheurs et que leur participation est un atout pour l’université.
P.P. : Notre réussite repose sur la communication, le soutien et l’accompagnement de nos étudiants, qui sont notre cible prioritaire. Notre établissement propose des BTS, dont deux sont trilingues, avec une orientation internationale obligatoire (BTS commerce international) ou fortement recommandée (BTS support à l’action managériale). Bien sûr, nous essayons de susciter des candidatures chez les étudiants de nos autres BTS.
Pour cela, nous communiquons dès la rentrée, pendant le séminaire d’intégration, puis de manière régulière grâce à des étudiants déjà partis qui partagent leur expérience. Vers janvier, nous organisons une présentation plus détaillée dans chaque classe. La plupart des élèves partent en fin de première année de BTS, en mai-juin. Un deuxième temps de départ, qui compte moins de mobilités, a lieu lors de la deuxième année, en novembre-décembre.
Nos étudiants sont plutôt issus de milieux modestes et rencontrent des problèmes d’ordre financier. Pour susciter des candidatures en nombre suffisant, nous apportons un soutien financier en intervenant par exemple sur le montant des bourses – afin d’être aussi proches que possible du maximum autorisé – ou en intégrant le maximum de critères d’inclusion (être boursier échelon 4 ou 5, et pas seulement 6 ou 7, habiter un quartier prioritaire de la politique de la ville, etc.). Il nous est aussi arrivé, de manière exceptionnelle pour des étudiants en grandes difficultés, de compléter les bourses Erasmus+ avec des aides prises sur les fonds propres de l’établissement. Jusqu’à présent, la Région Nouvelle-Aquitaine offrait des bourses d’aide à la mobilité qui étaient cumulables avec celles d’Erasmus+. Malheureusement, ce n’est plus le cas. [NDLR : d’autres compléments financiers restent cumulables, comme l’aide à la mobilité internationale – AMI].
Concernant l’accompagnement de nos étudiants, nous nouons des partenariats avec des structures européennes qui nous aident à la recherche de stages ou de logements et qui assurent un suivi sur place. Comme nos étudiants ont besoin d’être soutenus et encouragés, nous essayons également de les accompagner au maximum dans leurs démarches administratives.

P.P. : J’ai évolué dans ma perception au fil du temps. Plus on monte en volume de mobilités, plus il faut s’organiser et se professionnaliser, ce qui demande une structuration et une organisation de l’établissement, qui n’est pas spontanée et peut prendre du temps. Le rapport d’avancement impose une réflexion et offre un temps pour faire preuve de réalisme.
Je demande souvent une mobilité d’études, pour qu’un étudiant ait une expérience académique dans un établissement européen, et une mobilité d’enseignement, pour qu’un professeur aille enseigner à l’international. Dans la pratique, ces deux types de mobilité sont compliquées pour nous à mettre en œuvre. Au moment du rapport d’avancement, je fais preuve de réalisme et, si nécessaire, je les transforme en mobilités de stage. C’est aussi le moment de faire le point sur le bon fonctionnement du programme et sur l’évolution des effectifs des classes. Cette anticipation est un peu comme un pari, notamment concernant les mobilités qui se déroulent à l’automne.
P.P. : La première des choses à faire est de relire l’analyse de son précédent rapport final, un peu comme le ferait le candidat d’un concours face aux commentaires du jury. On y trouve nos points forts et les axes d’amélioration. C’est comme cela que j’ai évolué par exemple concernant les mobilités d’enseignants. Au début, je les concevais comme une variable d’ajustement. Depuis que nous cherchons vraiment à les développer, l’état d’esprit de nos enseignants est très différent, ce qui est extrêmement bénéfique. Auparavant, je percevais le rapport final comme une contrainte administrative, maintenant je le vois comme un vecteur de changement positif !
J’ai passé plus de temps à finaliser notre dernier rapport final : j’ai davantage prouvé les activités organisées, en insérant par exemple les liens de posts publiés, et j’ai mieux expliqué ce que nous avions réussi et ce sur quoi nous pouvions progresser. J’ai aussi pu y valoriser la bonne visibilité offerte par la désignation de l’une de nos étudiantes comme étant la deux millionième participante Erasmus+ et par le dynamisme de notre nouveau proviseur sur les réseaux sociaux.
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