Le Prix européen de l’enseignement innovant 2026 dans la catégorie Éducation des adultes est attribué à l’association Efficience Solidaire et Créative. Le projet de partenariat simplifié visait à améliorer les pratiques des médiateurs sociaux dans le but de mieux accompagner les publics vulnérables. Il a permis la création de guides pratiques concrets et accessibles à tous. Rencontre avec Jamel Medjahed, directeur et fondateur de l’association.
| Titre du projet : Digital Skills Porteur de projet : Efficience Solidaire et Créative, à Maubeuge (Hauts-de-France) Secteur : Éducation des adultes Action : Partenariat simplifié Durée du projet : 12 mois (du 01/09/2024 au 31/08/2025) Subventions Erasmus+ : 60 000 € Pays partenaire : Portugal Fiche du projet sur la plateforme européenne | ![]() |
Efficience Solidaire et Créative est une association à but non lucratif, née en 2016 et qui compte aujourd’hui une dizaine de salariés, des bénévoles et de nombreux partenaires. Elle œuvre dans le champ de la transition numérique inclusive, c’est-à-dire sur la montée en compétences numériques des habitants, dont les personnes en recherche d’emploi.
Je l’ai créée en m’appuyant sur mon expérience préalable de conseiller à France Travail pendant plus de dix ans. Avec le souci d’être au plus proche des territoires et d’identifier des solutions efficaces pour les publics adultes vulnérables. Dans le cadre de l’association, nous avons aussi développé des tiers-lieux numériques, par exemple dans des galeries marchandes ou au sein de bureaux de poste.
Personnellement, j’avais eu l’occasion d’une expérience professionnelle aux États-Unis, autour de l’échange de pratiques entre structures sociales (lauréat de la Commission Fullbright). Cela m’a inspiré l’idée de travailler autour de partenariats européens. Digital Skills a ainsi été notre premier projet Erasmus+.

Ce projet s’est déroulé en partenariat avec Previform, un centre de formation portugais qui travaille notamment avec les primo-arrivants et les gens du voyage. Notre objectif consistait à identifier ensemble, à travers le numérique, les bonnes pratiques de remobilisation de publics spécifiques (migrants, personnes en situation de handicap, seniors, gens du voyage…). Nous souhaitions ainsi renforcer les compétences des acteurs de l’accompagnement social pour mieux toucher ces publics, qui cumulent les difficultés, et favoriser leur réinsertion professionnelle.
Avec Previform, après un travail conséquent de repérage, nous sommes entrés en contact avec une vingtaine de porteurs d’initiatives intéressantes en matière de réengagement de ces publics.
Nous avons ensuite rédigé deux guides pratiques, l’un sur les démarches « aller vers », l’autre sur l’accompagnement des publics spécifiques. Ces guides 100% numériques ont été traduits en anglais, français et portugais. Ils sont en accès libre sur le site du projet. Des modules de formation ont également été produits, sous la forme d’un MOOC.
« Digital Skills nous a montré que l’inclusion numérique ne repose pas uniquement sur les outils, mais avant tout sur les personnes. En partageant nos expériences à l’échelle européenne, nous avons créé des ressources concrètes qui aideront durablement les professionnels à mieux accompagner les publics les plus éloignés du numérique. »
Nos publics cibles sont les professionnels de l’insertion et l’idée derrière Digital Skills était de leur donner la possibilité de disposer d’outils réellement utiles pour les adultes fragiles, en quelque sorte nos bénéficiaires finaux. Notre projet correspond donc tout à fait à une approche centrée sur l’inclusion et l’égalité des chances.
On peut indiquer qu’il y a une appropriation sur trois niveaux des outils que nous avons développés. Au plan local, des structures associatives, bibliothèques, tiers-lieux et centres sociaux partenaires se sont emparés des supports. À l’échelle régionale, plusieurs structures ont fait de même : centres de formation, réseaux d’acteurs publics et collectivités. Enfin, au niveau européen, on peut citer des échanges entre professionnels de la médiation numérique. Au total, ce sont plus de 1 300 personnes touchées par la stratégie de diffusion, dont 50 structures professionnelles distinctes.
Chez Efficience Solidaire et Créative, nous considérons que l’ouverture à l’innovation sociale est essentielle. Nous travaillons sur la capacité des professionnels à travailler en mode projet, en faisant un benchmark de ce qui existe comme bonnes pratiques, plutôt que de repartir de zéro et de tout recréer.

Les compétences développées portaient surtout sur l’observation de la manière dont d’autres structures accompagnent, pour voir comment une activité numérique ludique peut recréer du lien. L’activité est un prétexte, un support pour remobiliser ces publics fragilisés. Nous avons, par exemple, relevé l’initiative intitulée « Café Germaine » : un café mobile qui promeut l’accès aux droits et aux technologies numériques. Citons encore les « Promeneurs du Net », qui travaillent sur les réseaux sociaux pour capter les jeunes en difficulté à l’échelle locale.
Ces exemples sont listés dans nos guides pratiques, qui offrent des pistes concrètes de méthodes pour créer du lien et accompagner.
Nous avons déposé un projet de renforcement des capacités sur le secteur de l’enseignement et de la formation professionnels, entre la France, le Portugal et le Maroc. Là encore, il s’agit de la montée en compétences des professionnels de l’insertion sous l’angle numérique, mais cette fois axé sur l’IA et ses potentialités.
« Ce prix récompense la démarche d’innovation sociale portée par Efficience Solidaire et Créative. Il confirme que le repérage, la capitalisation et le partage de pratiques inspirantes peuvent contribuer à faire évoluer les méthodes d’accompagnement. C’est un encouragement à poursuivre cette dynamique en France comme en Europe. »