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Témoignage

« Les résultats au bac des élèves qui sont partis sont systématiquement meilleurs »

Le Prix européen de l’enseignement innovant 2026 dans la catégorie Enseignement primaire et secondaire est attribué au lycée général et technologique La Martinière-Duchère. Implanté dans un quartier parmi les plus pauvres de la ville de Lyon, le lycée organise plus d’une centaine de mobilités chaque année, dont 25 % concernent des élèves disposant de faibles opportunités. Entretien avec Thomas Domenichini, professeur d’histoire-géographie et d’éducation morale et civique, et enseignant référent aux affaires européennes et internationales (ERAEI).

Titre du projet : /
Porteur de projet : Lycée général et technologique La Martinière-Duchère, à Lyon
Secteur : Enseignement scolaire
Action : Mobilité avec accréditation
Durée du projet : 15 mois (du 01/06/2024 au 31/08/2025)
Subventions Erasmus+ : 37 210 €
Pays partenaires : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, République tchèque, Roumanie
Fiche du projet sur la plateforme européenne
« Les résultats au bac des élèves qui sont partis sont systématiquement meilleurs »

Pouvez-vous nous présenter le Lycée La Martinière-Duchère ?

Le Lycée général et technologique La Martinière-Duchère date des années soixante et du développement du quartier de La Duchère, à Lyon, conçu en réponse à la crise urbaine. Avec plus de 2 000 élèves et 250 enseignants, c’est une véritable ruche, dont plus de la moitié des effectifs correspond à du post-bac. Le lycée est situé dans un territoire classé Quartier prioritaire politique de la ville (QPV) et présente une importante coloration technologique – on y trouve autant de classes technologiques que de classes générales. Je l’ai rejoint en 2018 après plusieurs années dans un collège de Vaulx-en-Velin, où je menais déjà des projets Erasmus+, avec une forte dimension Inclusion dans cette banlieue complexe.

En 2020, en raison d’un cumul de facteurs, la diversité des publics qui caractérisait jusque-là notre lycée s’est érodée. Nous avons perdu un tiers des effectifs de seconde et dû fermer des classes. Le lycée a déposé une demande d’accréditation Erasmus+ pour venir en aide aux élèves de ce quartier très défavorisé et faire d’Erasmus+ un levier afin d’attirer davantage, retrouver de la mixité sociale et consolider les parcours scolaires des élèves.

« Les résultats au bac des élèves qui sont partis sont systématiquement meilleurs »

Quels sont les objectifs de votre démarche avec Erasmus+ ?

Après un premier projet de partenariat durant l’ancien programme Erasmus+ (2014-2020), le lycée s’est lancé une démarche européenne pleinement intégrée à la politique de l’établissement. Nous avons obtenu notre accréditation en 2022 et initié depuis environ un projet de mobilité accrédité par an, sans compter les mobilités liées à un partenariat ou un consortium.

Au total, ce sont plus de trois cents mobilités qui ont été réalisées, dans une grande variété de pays et d’établissements (quelque 17 partenaires différents) mais surtout pour une diversité de profils d’élèves, de niveaux scolaires, et dans le cadre de différents projets pédagogiques. L’idée est de pouvoir répondre à tous les élèves souhaitant partir : ceux qui veulent partir en groupe ou plutôt seuls, ceux en classe techno, etc.

Erasmus+ nous sert de socle pour faire de la sensibilisation et de l’éducation européenne. C’est en quelque sorte la partie visible et le détonateur d’un plan plus grand, qui se décline en de multiples formats. Nous souhaitons ainsi faire infuser la culture européenne. Par exemple, nous organisons également des simulations de parlement européen avec la Maison des Européens, participons au concours de reportages Europorters. Dans le cadre d’Erasmus+, nous invitons aussi des experts et accueillons des collègues européens pour des sessions de job-shadowing.

Comment se déclinent vos actions en faveur de l’inclusion ?

Par sa situation en quartier prioritaire, notre lycée présente un engagement concret en faveur de l’inclusion. Nous avons à cœur que l’établissement reflète la véritable mixité, celle qui fait l’essence de l’école publique. Un tiers des mobilités menées concerne des élèves issus de classes technologiques. Dans notre candidature en vue de l’accréditation Erasmus+, nous souhaitions compter au moins 20% de jeunes avec moins d’opportunités parmi les participants aux mobilités. Nous essayons aujourd’hui de dépasser cet objectif. Ce n’est pas toujours évident, surtout dans les échanges scolaires avec réciprocité, où il peut y avoir des freins ­­­– culturels, économiques – à accueillir l’autre dans sa famille.

Concernant ces mobilités, nous faisons en sorte que la gratuité soit intégrale pour les jeunes à moindres opportunités, et symbolique pour les autres. Une façon concrète de mettre en avant le rôle de l’Union européenne aux yeux des familles.
Depuis deux ans, nous constatons que nos projets Erasmus+ attirent de nouveaux publics, au-delà de la Duchère. Nos journées Portes ouvertes sont très fréquentées et nous recevons de nombreuses questions de parents et d’élèves. Fort de cette mixité retrouvée, notre lycée est sur la voie pour renouer avec son bon fonctionnement.

En bref

« Les projets Erasmus+ sont une source de souvenirs, de rencontres et de connaissances que nous garderons avec nous toute notre vie. Nous en ressortons grandies, et sommes reconnaissantes d’avoir été encouragées à faire un pas vers l’inconnu. »

Emma Michelas et Chloé Couturier-Maire, élèves

Quel impact des mobilités observez-vous chez les élèves ?

Nous le constatons sur les élèves qui sont partis : leurs résultats au bac sont systématiquement meilleurs ! Les résultats 2025 indiquent un taux de réussite de 95% en bac techno, contre 79% au global, et de 94% en bac général, contre 84%. Non seulement l’expérience à l’étranger renforce la confiance en soi, mais elle stimule la motivation, l’envie d’apprendre et ouvre les yeux sur l’importance et l’utilité d’apprendre. Elle redonne du sens à l’école.

Chaque projet de mobilité est un support à un projet pédagogique. Nous avons travaillé les thèmes de la démocratie, de la citoyenneté et des racines antiques lors de notre projet Democracy: a European History avec nos partenaires grecs, ou encore les questions d’interculturalité, de rapport au passé et de colonisation pour le projet de mobilité aux Pays-Bas. L’aménagement urbain, le numérique et les réalisations littéraires s’entremêlaient au cours du projet de mobilité Reshaping the city en Belgique.

« Les résultats au bac des élèves qui sont partis sont systématiquement meilleurs »

Et en matière de compétences ?

Les connaissances des élèves sur les thématiques abordées se sont étoffées. Pour le projet sur la démocratie, nous avons étudié l’histoire du droit, les droits de l’homme, la convention européenne des droits humains, etc.

Je note une amélioration des compétences linguistiques, mais aussi une plus grande capacité à travailler en groupe, parfois compliquée en temps normal. Les élèves progressent en gestion de projets, en apprenant ensemble à organiser un rétroplanning, réaliser un préprojet, fournir des rendus et proposer des retours sur les actions réalisées.
Ils utilisent les outils numériques dans une démarche de projet. Et osent davantage, en craignant moins de se tromper et sans solliciter autant l’enseignant.

Certaines compétences s’acquièrent plus facilement : celles qui se développent par la pratique, comme les compétences de gestion ou linguistiques.

Avez-vous d’autres projets Erasmus+ en cours ou à venir ?

Nous venons de terminer le projet CLIMATE en lien avec le changement climatique et qui a donné lieu à des mobilités en Allemagne, en République tchèque et en Roumanie, et allons lancer un autre projet sur cette thématique au cœur de nos enseignements.
Je précise aussi que notre lycée est devenu un espace de ressources sur Erasmus+ : nous intervenons dans d’autres établissements scolaires, mais aussi auprès des collectivités.

Que représente ce prix pour vous ?

« Je suis très honoré et très touché que l’établissement reçoive le Prix européen de l’enseignement innovant. Personnellement, c’est un peu un aboutissement de carrière et la récompense d’un engagement personnel constant. Moi qui ai rencontré mon épouse en Erasmus en Angleterre, et qui suis désormais développeur Erasmus+, je considère que ces projets sont des stimulants fabuleux. Ils permettent de s’insérer dans quelque chose de plus grand : l’Espace européen de l’éducation et nous les menons avant tout pour nos élèves. »

Thomas Domenichini

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