Professeure de lettres classiques au collège Jean-Claude Dauphin, à Nonancourt, dans l’Eure, Fanny Thielleux a mené un projet eTwinning réunissant élèves français et italiens autour des thèmes de l’histoire, de la culture commune et du patrimoine partagé entre la France et l’Italie. Quatorze élèves âgés de 13 à 14 ans ont collaboré avant, pendant et après une mobilité en Sicile.
L’idée de “A shared history from Antiquity to today” est née d’un premier projet Erasmus+ : nous avions accueilli de jeunes Italiens dans notre collège et avions promis à nos élèves qu’ils partiraient à leur tour. En tant qu’enseignante en lettres classiques, je souhaitais mener un projet autour de la culture antique, de l’histoire et du patrimoine commun à la France et l’Italie. Je désirais montrer aux élèves que nous sommes le fruit d’un processus culturel initié il y a 2 000 ans avec les frontières romaines. Ayant moi-même bénéficié du programme Erasmus+ en Italie lorsque j’étais étudiante, j’en retenais une expérience très enrichissante.
Les élèves français ont échangé avec leurs correspondants italiens par le biais de lettres, de dessins et de présentations orales, avant de se rencontrer, durant une semaine à Misterbianco, dans la région de Catane, en Sicile, pour mener des enquêtes historiques sur place. Ensemble, ils ont visité des sites antiques, rédigé des articles et créé une frise chronologique illustrant les liens entre les deux pays, de l’Antiquité à nos jours.
Le côté immersif des mobilités, avec l’accueil au sein des familles, s’est révélé très positif. Accueillir l’autre chez soi constitue une expérience forte pour les jeunes comme pour les familles, qui ont également beaucoup échangé entre elles.
Élèves et enseignants ont découvert un système éducatif différent, où les cours s’achèvent à 14h car il n’y a pas de cantine. Les jeunes Italiens peuvent ensuite suivre diverses options et activités extrascolaires. Nos collégiens ont apprécié ces journées plus courtes, propices à une autre qualité de vie.
Par ailleurs, les élèves, tous latinistes, ont pris davantage conscience de l’importance du contexte pour communiquer. C’est vrai dans toutes les langues mais plus encore en latin, où il faut chercher des indices et mettre en lien tous les éléments pour comprendre la situation.
À titre personnel, j’ai progressé en italien, mais je suis surtout fière d’avoir mené ce projet à bien. J’ai gagné en compétences en matière de préparation de projet Erasmus+, mais aussi sur le volet communication, avec la réalisation de notre frise chronologique permettant la comparaison entre la France et l’Italie.

Les élèves se sentent aujourd’hui un peu plus citoyens européens. En cours de latin, nous abordons des thématiques politiques, par exemple avec la République romaine et le passage à l’Empire. Je note que ces élèves sont des citoyens ouverts, conscients que le pouvoir ne doit pas résider entre les mains d’une personne unique et que les garanties démocratiques sont nécessaires. Des réflexions essentielles dans le contexte actuel.
Quant aux familles, qui ont aussi participé financièrement, elles ont mesuré la chance que représente ce type de projet, inenvisageable sans l’existence de l’Union européenne.
Je relève encore beaucoup de freins chez les élèves et les familles à l’idée de partir ou d’accueillir. J’aimerais agir sur cette peur du voisin ! J’estime que le rôle de l’enseignant est de toujours garder la porte ouverte pour accueillir l’autre, l’écouter, le comprendre.
La nouvelle du prix a réjoui les élèves, même s’ils n’imaginent pas les efforts en coulisses. Cette distinction eTwinning récompense un travail collectif, mais il m’a personnellement fait du bien et m’a rassurée sur ma démarche. D’autre part, de façon très concrète, à l’occasion de ma demande du label eTwinning de qualité national [qui permet de candidater au concours, ndlr], j’ai obtenu de précieux retours sur les points faibles et les points forts du projet.
Tous les témoignages