Le Prix européen de l’enseignement innovant 2026 dans la catégorie Enseignement et formation professionnels est attribué à l’EPLEFPA Ariège-Pyrénées pour son projet de partenariat Call4Forest – Forestry Instructor. Le projet, mené au sein du Centre de formation professionnelle pour adultes (CFPPA) Ariège – Comminges, a donné lieu à différents guides d’apprentissage et d’évaluation des compétences, mais aussi à l’adoption d’une norme européenne pour l’utilisation de la débroussailleuse. Guillaume Touati, chargé de mission Coopération internationale, et Alain Begon, responsable des formations forestières et formateur bûcheronnage, détaillent le projet.
| Titre du projet : CALL4FOREST – Forestry Instructor Porteur de projet : Etablissement Public Local d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricole (EPLEFPA) Ariège-Pyrénées, à Pamiers (Ariège) Secteur : Enseignement et formation professionnels Action : Partenariat simplifié Durée du projet : 24 mois (du 01/01/2024 au 31/12/2025) Subventions Erasmus+ : 60 000 € Pays partenaire : Espagne Fiche du projet sur la plateforme européenne | ![]() |
Alain Begon : Le Centre de formation professionnel pour adultes (CFPPA) agricole et forestier propose des formations forestières, du CAP au BTS. Il s’agit d’un centre spécialisé dans la formation de bûcherons, de conducteurs de skidder [ndlr : ou débardeuse] et d’ouvriers sylvicoles, accueillant aussi bien des apprentis que des stagiaires en formation professionnelle continue.
Dans ce domaine d’activités, l’aspect sécurité est essentiel : en France, le bûcheronnage occupe la seconde place des métiers les plus accidentogènes. Pour tenter d’y remédier, un décret officiel impose depuis 2021 des procédures rigoureuses et exigeantes, auxquelles il est indispensable de se former.
Guillaume Touati : Cela fait plus de dix ans que nous travaillons avec des partenaires européens. Avant Call4Forest, nous avions déjà mené un projet de partenariat Erasmus+ en lien avec la qualité des formations forestières. Nous sommes en effet confrontés à une problématique de recrutement des formateurs forestiers, liée à une inadéquation entre le niveau académique attendu (bac+3) et l’indispensable expérience sur le terrain. Il était important pour nous de qualifier les compétences techniques et pédagogiques des formateurs, en particulier pour l’utilisation d’outils dangereux : tronçonneuse, débroussailleuse et skidder.

Alain Begon : Call4Forest consistait en un partenariat avec deux centres de formation forestière espagnols, l’un en Galice, l’autre en Catalogne. Le but était d’harmoniser les pratiques de formation entre nos deux pays voisins et d’assurer une montée en compétences des formateurs et du centre de formation dans son ensemble.
Le projet s’est décliné en deux grandes actions : 1) construire un programme de formation commun – a minima un socle commun, et 2) identifier les aspects prioritaires à développer côté formateurs pour la reconnaissance des compétences, notamment les gestes techniques liés à la sécurité, mais aussi la pédagogie sur le terrain.
Guillaume Touati : Concrètement, quatre temps d’échanges ont été organisés entre les partenaires, représentant six centres de formation. Ils ont pris la forme de plusieurs journées sur le terrain avec une vingtaine de participants, dont 25% de femmes – une présence encouragée par le CFPPA, qui vise davantage de mixité dans ce métier traditionnellement masculin.
« Le CFPPA évolue grâce à cette dynamique de projets européens, qui nous oblige à sortir de notre quotidien. Il se doit d’être structuré pour suivre au mieux les projets, avec une personne comme Guillaume Touati pour les aspects administratifs, mais aussi avec des équipes sur le terrain qui jouent le jeu et se rendent disponibles pour participer. Tous nos formateurs sont volontaires et les choses se font naturellement ! »
Alain Begon
Alain Begon : Le projet a permis à plusieurs de nos formateurs de devenir formateurs et évaluateurs-débroussailleurs. Le centre peut désormais bénéficier de cette compétence pour faire passer des « Certificats européens de débroussailleuse ».
Tous les trois ans, les formateurs sont évalués et leurs compétences vérifiées, d’où l’importance de compétences à jour, respectueuses des règles de sécurité et de l’environnement forestier. Le changement climatique nécessite des procédures de sécurité accrues, par exemple en raison du nombre croissant d’arbres morts, mais aussi des techniques soucieuses des jeunes pousses, des cours d’eau, etc.
Guillaume Touati : Nous avons aussi de plus en plus d’exigences de la part des compagnies d’assurance sur ces aspects. De même, pour pouvoir prétendre aux chantiers avec appels d’offres, les salariés doivent être formés avec un haut niveau de sécurité, dans le respect des normes.
Guillaume Touati : Parmi les réalisations figurent une vidéo de promotion des formations, un curriculum de formation de formateur forestier, mais aussi des guides d’apprentissage et d’évaluation, un guide de mise en œuvre d’un chantier pédagogique forestier. L’ensemble est disponible en anglais, espagnol et français.
Au nombre des répercussions du projet, il faut impérativement souligner l’adoption officielle par l’EFESC (European Forestry and Environmental Skills Council) d’un certificat européen de débroussailleuse (EBS), qui a déjà été déployé dans plusieurs pays de l’Union européenne et pourrait encore s’étendre.

Guillaume Touati : Pour nos publics déjà experts, il y a eu un réel bénéfice à échanger, trouver un consensus, alors que nous travaillons dans des environnements assez différents, très montagneux dans notre cas en Ariège, tandis que la sylviculture en Galice est plutôt pratiquée en plaine.
Alain Begon : Auprès de nos collègues espagnols, nos formateurs ont appris de nouvelles techniques de coupe, qui ont été intégrées à nos parcours de formation, mais aussi une approche parfois différente de l’organisation des chantiers, qui permet d’améliorer ce que nous proposons. Nous sommes très proches de la frontière espagnole, intégrer ces techniques à nos formations peut s’avérer un atout.
Guillaume Touati : Nous souhaitons nous inscrire dans une vision programmatique, dont chaque projet Erasmus+ constitue une brique. Pour poursuivre dans ce sens, nous avons déposé un nouveau projet en lien avec les robots débroussailleurs – des machines appelées à se développer et pour lesquelles la sécurité est tout aussi cruciale. Nous attendons de savoir s’il sera accepté.
« Nos actions s’inspirent de modèles ayant démontré leur efficacité dans le passé, par exemple le Certificat européen de tronçonneuse, et, à ce titre, ne sont donc pas totalement nouvelles. Ce prix constitue avant tout une reconnaissance de la richesse des partenariats noués ces dernières années et de la qualité du travail réalisé dans ce cadre. »
Guillaume Touati