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Témoignage

« Avec nos élèves de maternelle, on peut s’appuyer sur l’anglais pour développer le français »

Le Prix européen de l’enseignement innovant 2026 dans la catégorie Enseignement en maternelle est attribué à l’École maternelle Canet Ambrosini, à Marseille. L’établissement est récompensé pour son projet de mobilité avec accréditation qui permet à ses personnels enseignants d’aller se former en anglais pour accompagner les élèves dans leurs apprentissages fondamentaux. Echange avec Eloïse Robert et Delphine Roche, professeures des écoles (Grande Section).

Titre du projet : /
Porteur de projet : Ecole Maternelle Canet Ambrosini, à Marseille (Bouches-du-Rhône)
Secteur : Enseignement scolaire
Action : Projet de mobilité accrédité
Durée du projet : 24 mois (du 01/06/2023 au 31/05/2025)
Subventions Erasmus+ : 15 290 €
Pays partenaires : /
Fiche du projet sur la plateforme européenne

Pouvez-vous nous présenter votre école et ses liens avec Erasmus+ ?

Eloïse Robert : La maternelle Canet Ambrosini est une école publique des quartiers nord de Marseille, classée REP+ (Réseau d’éducation prioritaire renforcé), à fort enjeu d’inclusion. Elle compte environ 180 enfants, de trois à six ans, et dix classes. Un dispositif RASED existe pour les élèves en difficulté.
L’école bénéficie d’une accréditation Erasmus+ depuis 2021. Le personnel enseignant a ainsi la possibilité d’effectuer une à deux mobilités à l’international chaque année, pour se former ou observer d’autres pratiques. Personnellement, j’ai réalisé environ huit mobilités dans différents pays, dans le cadre de cours en anglais, pour la langue en elle-même mais aussi sur des thématiques spécifiques.

« Avec nos élèves de maternelle, on peut s’appuyer sur l’anglais pour développer le français »

Quelle place occupe l’anglais et quel est le rôle des mobilités ?

Delphine Roche : Notre école est intégrée dans un programme d’École D’Immersion en Langues (EDIL) anglais, qui recouvre 25% des apprentissages, soit l’équivalent d’une journée par semaine. En réalité, chaque enseignant est libre d’organiser ces temps d’enseignement comme il le souhaite. Cela se fait en général par domaine d’apprentissage : arts, sport, mathématiques, etc. Nous nous appuyons également sur une assistante d’anglais, une personne anglophone présente chaque année, une journée par semaine, et qui prend en charge des ateliers, lit des histoires ou peut faire des mathématiques.

Eloïse Robert : Parmi les thématiques abordées lors des mobilités figuraient le bien-être à l’école et le climat scolaire, à travers les émotions, la relaxation en classe, mais aussi le yoga, le jardinage, le sport… Ces moments de formation nous donnent des outils qui servent à alimenter notre mallette pédagogique. À notre retour, nous pouvons échanger sur notre expérience. Nous avons ainsi établi des séquences qui ont été reprises par les collègues et déployées dans toute l’école. Concernant le yoga, nous nous sommes fait accompagner par la conseillère pédagogique pour organiser le projet dans l’école. Il s’est d’ailleurs ensuite étendu au-delà. Nous avons aussi mis en place des outils autour des émotions, de la musicothérapie et de la pleine conscience.

En bref

« Ces projets demandent beaucoup de temps personnel, mais on se dit à chaque fois que le jeu en vaut la chandelle et que les conséquences positives sont multiples. Les projets Erasmus+ apportent une motivation supplémentaire, l’envie de mettre de nouvelles choses en place. »

Eloïse Robert, professeure des écoles

Quelles compétences en particulier ont été développées ?

Delphine Roche : Pour ma part, j’ai effectué environ 4-5 mobilités, qui m’ont aidée à progresser en anglais et sur les thématiques abordées. J’ai davantage confiance en moi en anglais et je mets cette confiance au service des élèves. Même si j’ai encore des difficultés, la démarche me pousse à m’améliorer. Cela a aussi eu une influence dans ma vie personnelle. Je regarde désormais des séries en VO et nous échangeons des livres en anglais entre collègues.

Eloïse Robert : En matière de pédagogie, depuis ces mobilités, nous investissons plus sur les outils numériques avec les élèves, par exemple avec des tablettes ou des tableaux bavards [ndlr : outil interactif pour améliorer les compétences en langue et en mathématiques].

Delphine Roche : Grâce au numérique, on peut par exemple enregistrer les élèves qui racontent une histoire en anglais et la faire écouter à d’autres. Cela devient un outil de partage !

« Avec nos élèves de maternelle, on peut s’appuyer sur l’anglais pour développer le français »

Quel impact des mobilités observez-vous chez les élèves ?

Eloïse Robert : La majorité de nos élèves ne parlent pas français à la maison. Avec le programme EDIL, nous leur transmettons une double compétence, culturelle et linguistique, supplémentaire. Les séances d’apprentissage en immersion sont plus efficaces, nous pouvons rependre les compétences déjà travaillées en français. Par exemple, avec les couleurs, le jeu de la marchande en maths, la liste des courses pour aborder les fruits et légumes en français et en anglais… Nous réalisons d’abord les rituels en français, puis progressivement en anglais : les élèves ne s’aperçoivent même plus qu’ils font de l’anglais.

Delphine Roche : Certains vont, par exemple, reconnaître plus facilement les couleurs en anglais. On peut ainsi s’appuyer sur l’anglais pour développer le français. Le fait que les élèves parlent une autre langue à la maison facilite les apprentissages de langue. Beaucoup retiennent mieux l’anglais et s’investissent davantage dans ces moments ludiques.
Depuis deux ans, Marseille compte une « Cité scolaire internationale », qui accueille des élèves du CP au lycée. Notre ouverture sur l’anglais aide les familles à candidater. Elles sont ravies que l’on propose un enseignement en anglais sans coût supplémentaire. L’école élémentaire de notre groupe scolaire a aussi mis en place un dispositif EDIL et permet une continuité. C’est intéressant pour les enfants d’aller au bout de ce parcours. Deux élèves ont déjà été admises à l’école internationale, alors que les places sont très limitées !

Eloïse Robert : Pour les élèves, les compétences orales et la prononciation en anglais ne sont pas faciles. Ils réussissent néanmoins à faire des phrases courtes, grâce aux jeux, chansons, histoires… Ils pratiquent beaucoup et il leur arrive de verbaliser en même temps qu’ils font le geste.

L’école a-t-elle d’autres projets Erasmus+ ?

Eloïse Robert : Comme les années précédentes, dans le cadre de notre accréditation, un projet de mobilité est en cours et permettra de réaliser des séquences de cours et formation ou de job-shadowing durant l’année scolaire à venir.

Que représente pour vous le prix européen de l’enseignement innovant ?

« Ce prix est la reconnaissance de notre travail et de notre investissement personnel depuis des années. C’est aussi une validation de notre choix pédagogique d’enseigner l’anglais en immersion. Il s’agit d’une récompense très importante pour l’équipe pédagogique, qui renforce encore notre motivation. Cela montre que l’on peut être novateur et ambitieux dans des quartiers en grandes difficultés sociales. Nous sommes très fières et nous réjouissons de pouvoir communiquer sur cette distinction auprès des parents et de nos partenaires. »

Vérane Paulet, directrice adjointe

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