Cette tribune a été publiée dans le journal Les Echos, mardi 12 mai 2026. Ses signataires sont les membres du Cercle Erasmus+.
« À l’heure où l’Europe est confrontée à la guerre sur son sol, à la fragilisation des démocraties et à l’urgence climatique, une évidence s’impose : nous ne pouvons plus construire l’avenir avec des moyens insuffisants.
Depuis 2022, l’Union européenne a pris conscience de sa vulnérabilité stratégique. Elle investit désormais dans sa défense, dans son autonomie industrielle et dans sa sécurité. Cette évolution est nécessaire. Mais elle ne sera durable que si elle repose sur un socle tout aussi solide : l’éducation, la formation, la mobilité et la jeunesse. Car il n’y aura pas d’Europe de la défense sans Europe du savoir, de la coopération et de la confiance. Sans adhésion à ce qu’elle est.
Or, précisément, ce socle conditionne l’exercice même de la souveraineté européenne. Celle-ci ne se limite pas aux capacités militaires : elle repose aussi sur la qualité de la formation, la maîtrise des compétences, la circulation des idées et la confiance entre les peuples. Une Europe capable de défendre ses frontières doit aussi être capable de former ses ingénieurs, ses enseignants, ses chercheurs comme ses techniciens.
Dans ce contexte, Erasmus+ demeure l’un des programmes les plus concrets et les plus populaires de l’Union. Depuis sa création, il a bénéficié à plus de 16,5 millions d’Européens ; dont 2 millions de Français. Il a ouvert des horizons, renforcé les compétences et l’apprentissage des langues, et contribué à forger un sentiment fort d’appartenance européenne. Il a formé des citoyens capables de comprendre l’Europe comme un projet commun, et non comme un simple marché.
Au retour d’une mobilité, près de 80 % des participants estiment avoir développé leurs compétences, qu’elles soient linguistiques, académiques ou transversales.
Mais ce succès est aussi devenu sa limite. La demande explose, les projets de qualité se multiplient, les partenariats se renforcent. Faute de moyens, une mobilité sur deux ne peut être financée.
Chaque année, près de 200 000 mobilités sont réalisées depuis la France, illustrant à la fois le dynamisme du programme et l’ampleur des besoins. Dans le même temps, les niveaux de bourse peinent à suivre l’augmentation du coût de la vie, en particulier du logement, fragilisant concrètement les conditions de départ.
Cette situation alimente une frustration croissante chez les jeunes, les enseignants et les porteurs de projets. Elle fragilise aussi la crédibilité d’un objectif pourtant clair : permettre la mobilité du plus grand nombre.
Il ne s’agit ni d’un problème de gestion, ni d’un défaut de pilotage.
Il s’agit d’un choix politique.
Erasmus+ ne représente aujourd’hui même pas 2 % du budget de l’Union européenne. Moins de 2 % pour former notre jeunesse, renforcer notre cohésion et préparer notre avenir, incompatible avec les ambitions affichées portées notamment par le Président de la République depuis le discours de la Sorbonne en 2017.
La proposition d’augmenter ce budget de 50 % pour la période 2028-2034 constitue un signal positif. Mais elle reste insuffisante. Pour répondre aux besoins et tenir les ambitions affichées, il est nécessaire d’aller plus loin et de doubler le budget.
Ce n’est pas un excès ni une lubie. C’est un choix rationnel et responsable. Investir aujourd’hui dans la jeunesse, c’est éviter demain les fractures sociales, les pénuries de compétences et le recul du sentiment européen.
Il n’y aura pas d’Europe forte sans citoyens confiants.
Il n’y aura pas d’Europe souveraine sans jeunesse formée.
Il n’y aura pas d’Europe crédible sans cohésion renforcée.
Le moment est venu de faire un choix clair : investir pleinement dans notre intelligence collective, dans notre jeunesse, dans notre avenir commun ou accepter le risque du déclassement.
Nous appelons à un Erasmus+ à la hauteur des défis européens : ambitieux et ouvert à tous.
Un Erasmus+ fidèle à sa promesse fondatrice : faire de la mobilité un droit, et non un privilège. »