Vous êtes enseignant et souhaitez aider vos élèves à mieux comprendre l’Union européenne (UE), son fonctionnement, ses valeurs et sa diversité culturelle ? Les actions Jean Monnet destinées à l’enseignement scolaire et à l’enseignement et formation professionnels constituent un moyen d’intégrer les thématiques européennes dans vos pratiques pédagogiques.
Le saviez-vous ? « La participation à la vie démocratique, les valeurs communes et l’engagement civique » est l’une des quatre grandes priorités du programme Erasmus+. « Dans le contexte actuel, marqué par la montée des extrêmes, l’abstention et les tensions géopolitiques, cet enjeu revêt une importance particulière », explique Noémie Barat, ingénieure d’animation et d’accompagnement des porteurs de projets du secteur de l’enseignement scolaire, et référente pour la priorité au sein de l’Agence Erasmus+ France / Education Formation. L’éducation à l’Europe, dès le plus jeune âge, apparaît comme un levier essentiel pour former des citoyens éclairés et ouverts, capables d’exercer leur esprit critique.
Les actions Jean Monnet du programme Erasmus+ constituent un appui solide pour renforcer cette dimension éducative. « Jusqu’à récemment, ces actions étaient exclusivement destinées à l’enseignement supérieur. Elles visaient à promouvoir l’enseignement et la recherche dans le domaine des études européennes, avec par exemple la mise en place de chaires, de modules ou de centres d’excellence », détaille Noémie Barat. « Depuis 2022, de nouvelles actions ont été ouvertes à l’enseignement scolaire ainsi qu’à l’enseignement et formation professionnels. »
Parmi elles, l’action « Formation des enseignants » qui permet de financer, sur trois ans et jusqu’à 300 000 €, le développement de formations et de contenus pédagogiques destinés aux enseignants. « Ces projets leur offrent la possibilité de se former en présentiel ou à distance, mais aussi de disposer de productions clé en main qu’ils peuvent utiliser librement dans leurs enseignements », explique Noémie Barat.
Sept projets français « Formation des enseignants » ont été financés, dont deux portés par Nantes Université : « FacilEurope » (Enseigner l’Europe au primaire avec la facilitation graphique) (2022-2024) et « FacilEuropePlus » (Enseigner l’Europe du primaire au secondaire avec la facilitation graphique) (2025-2028).
Le second projet s’inscrit dans la continuité du premier : « Nous sommes partis du constat qu’il y avait peu de liens entre la recherche sur les questions européennes et le monde de l’éducation, en particulier dans le premier degré », déclare Virginie Chaillou-Atrous, enseignante-chercheuse et coordinatrice scientifique de ces projets. « Nous avons donc souhaité proposer aux enseignants une formation en deux volets : d’une part, une formation scientifique solide sur les grands enjeux contemporains de l’UE et, d’autre part, une formation à la facilitation graphique pour enseigner l’Europe de manière innovante et attractive », ajoute-t-elle.

Méthode visuelle fondée sur le dessin et la schématisation de notions parfois complexes, la facilitation graphique favorise la compréhension, aide à structurer la pensée et rend les apprentissages plus faciles à mémoriser pour les élèves. « L’objectif n’est pas seulement de dire qu’il faut aborder les questions européennes en classe, mais surtout de fournir aux enseignants des outils attractifs et ludiques leur permettant de le faire concrètement », précise la directrice scientifique.
Il est possible de s’inscrire aux formations en présentiel, organisées deux à trois fois par an dans différentes académies, dont les dates sont notamment annoncées dans la newsletter du projet. « Pour aller plus loin avec les enseignants déjà formés, nous avons par ailleurs créé une session fil rouge, organisée deux fois par an en ligne. Elle permet de revenir sur les grandes notions abordées. Il est cependant nécessaire d’avoir déjà participé à l’une de nos actions auparavant », ajoute Virginie Chaillou-Atrous qui dénombre près de 400 enseignants formés depuis le début du projet. Et elle ajoute : Pas besoin d’être bon dessinateur pour participer : l’essentiel est d’avoir une bonne capacité d’écoute, de retranscription et d’être capable de synthétiser les informations ».
L’autre volet du projet « FacilEurope » concerne la création de ressources pédagogiques. « Nous les avons rassemblées sur un site dédié, afin que les enseignants puissent les utiliser librement en classe : vidéos, capsules, cartes de vocabulaire, jeux… celles-ci sont enrichies en continu. » Co-construites avec des chercheurs et des enseignants, elles allient rigueur scientifique et accessibilité.

Le lancement de « FacilEuropePlus » élargit le dispositif aux enseignants du second degré, avec l’ambition de proposer un parcours de formation complet, de favoriser les échanges entre enseignants et de renforcer la continuité pédagogique. « Ce qui est passionnant avec ce projet, c’est qu’il permet de créer un lien entre recherche et enseignement à tous les niveaux scolaires. Grâce à des outils comme la facilitation graphique, des notions complexes sur l’Europe peuvent être abordées dès le primaire et suivies dans le temps, favorisant une continuité et un ancrage durable des enjeux européens dans le parcours des élèves », conclut-elle.
En outre, le dispositif est enrichi par la création d’un réseau d’ambassadeurs : des enseignants qui interviennent gratuitement dans les classes sur diverses thématiques – citoyenneté européenne, environnement, migrations, diversité culturelle, paix – et proposent également une découverte de la facilitation graphique. Ces interventions se font dans toute la France, sur inscription.
Plusieurs autres projets Jean Monnet « Formation des enseignants » ont contribué à la création de ressources accessibles à tous les enseignants :
En tant qu’enseignant, si vous souhaitez proposer des activités innovantes et attractives pour intégrer l’Europe dans le parcours de vos élèves, l’action Jean Monnet « Initiatives pour apprendre l’UE » constitue également une possibilité. Destinée aux établissements scolaires et à ceux de l’enseignement et formation professionnels, elle peut être mise en œuvre sans partenaire européen.
« Cette action laisse une grande liberté », souligne Noémie Barat. « Les établissements peuvent aborder des sujets très variés en lien avec l’Union européenne – culture, citoyenneté, sciences, esprit critique, histoire, etc. -, travailler en interdisciplinarité, expérimenter différents formats pédagogiques, faire intervenir des acteurs extérieurs ou encore organiser des voyages scolaires en France ou à l’étranger », complète-t-elle. Ces projets, financés jusqu’à 35 000 euros sur trois ans, rencontrent un fort succès en France, qui est aujourd’hui le pays le plus représenté dans cette action.
Le Lycée Martin Nadaud, comptant parmi les premiers établissements sélectionnés, a ouvert une « classe Europa » dès 2023. Une quinzaine d’élèves de la voie professionnelle, issus de différentes filières, y suivent des modules consacrés à l’Europe, pour un objectif total de 67 heures par an, qui a été amplement dépassé. « Notre établissement était déjà engagé dans des actions de mobilité, mais nous souhaitions aller plus loin en inscrivant la connaissance des institutions européennes et des valeurs de l’UE au cœur du parcours éducatif », précise François Huguet, professeur d’histoire-géographie.
« Nous sommes un lycée professionnel et accueillons un public plutôt éloigné des questions européennes. Dans ce contexte, il était particulièrement pertinent de monter un tel projet. C’était aussi une manière d’impliquer des enseignants de tous horizons, et pas uniquement des professeurs d’histoire-géographie ou de langues. Professeurs de mathématiques, de PSE (prévention santé environnement) ou d’enseignement professionnel… L’idée était de montrer que l’Europe peut concerner tous les domaines », ajoute-t-il.
Pendant trois ans, les élèves ont participé à douze modules variés, intégrés à leur parcours scolaire. L’un d’eux, consacré au devoir de mémoire, a conduit à une mobilité en Allemagne, République tchèque et Pologne, au cours de laquelle ils ont notamment visité plusieurs anciens camps de concentration, d’extermination et de travail forcé. Ils ont également travaillé sur la propagande nazie et réalisé des biographies d’anciens déportés.

Rencontre avec une traductrice et une interprète de la Commission européenne et du Parlement européen à Bruxelles dans le cadre d’un module consacré aux langues européennes, échanges avec des élèves italiens autour de Léonard de Vinci et du patrimoine européen, ou encore travaux autour du sport et du handicap : autant d’activités qui témoignent de la diversité des projets menés par les élèves.
« La classe Europa a permis d’impulser une vraie dynamique », explique François Huguet. Les activités ont progressivement associé d’autres élèves de l’établissement, en lien notamment avec les programmes de mobilité et les Erasmus Days. « Nous mobilisons désormais une quarantaine de professeurs issus de toutes les disciplines et qui travaillent ensemble. Cela a aussi permis aux élèves de prendre conscience qu’ils ne sont pas seulement citoyens français et que leur horizon ne se limite pas à leur commune, leur département ou même leur région. Beaucoup n’avaient jamais quitté leur territoire auparavant : cette expérience constitue donc une véritable ouverture sur l’Europe et sur le monde. », précise-t-il.
La démarche s’inscrit déjà dans la durée, au-delà même de l’action Jean Monnet. « Dès la deuxième année, nous avons souhaité ouvrir une seconde classe avec une nouvelle cohorte, consacrée aux médias européens. Pour l’année 2025-2026, nous avons également lancé une classe dédiée à la création d’un festival européen. L’objectif est désormais de créer une classe thématique chaque année », explique François Huguet.
Au-delà des projets Jean Monnet, plusieurs institutions et acteurs proposent des ressources pédagogiques pour vous aider à enseigner l’Europe en classe :